Interview Les chemins de l'art : Hélène Legrand et le surgissement du vivant

Hélène Legrand

L'automne s'annonce effervescent pour Hélène Legrand, artiste-peintre exposée en France et à l'étranger et grande signature de l'art figuratif contemporain. Ses œuvres, qui témoignent d'une profonde sensibilité et d'une technique éblouissante, seront présentées dans la prestigieuse exposition organisée par le Musée Daubigny à partir du 28 septembre 2013. C'est dans son atelier que j'ai eu l'immense plaisir de rencontrer Hélène dont la peinture lumineuse explore la beauté du monde sans en exclure la gravité.

L'exposition au Musée Daubigny est consacrée à l'art animalier. Cette thématique est au centre de votre peinture depuis quelques années. Comment vous est venu le désir d'explorer le monde animal ?

Les animaux prennent une grande place dans les textes fondateurs en particulier dans la mythologie grecque mais aussi dans la Bible. Les espèces vivantes y font l'objet de merveilleuses évocations. Ces lectures, et des rencontres aussi, m'ont donné l'envie d'aller plus loin, de créer ma propre arche et de « sauver » ces créatures. Je me suis aperçue que, depuis plus d'un siècle, il y avait eu un effacement de l'animal en tant que sujet dans la peinture. Lorsque j'ai commencé à en peindre, il y a eu un effet de surprise et même d'exotisme.

Vous évoquez la sauvegarde du vivant, c'est un thème fort et très contemporain avec les menaces de disparition qui pèsent sur de nombreuses espèces….

Il me semble que la peinture a quelque chose à voir avec cette pensée - que nous avons tous eu dans l'enfance - que l'image de la chose et la chose elle-même ne font qu'un. Nous avons gardé, enfouie en nous à un niveau inconscient, une trace de cette relation magique avec le monde. Peindre, c'est aussi donner une seconde vie. Représenter un animal peut ainsi devenir un acte d'amour et si cela contribue à sensibiliser le public, j'en suis ravie.

Comment préparez-vous votre sujet ?

La documentation est importante : je visite des zoos, des aquariums, parfois aussi des élevages. Je prends énormément de photos. Elles sont une base à partir de laquelle j'élabore les formes et les textures. Mais, pour moi, le plus important est de restituer l'effet que produit le surgissement du vivant, le ressenti de cette présence étrange et étonnante. Il faut peindre ce que la chose me donne à ce moment précis et non ce que je sais d'elle. Cela vaut d'ailleurs pour tous les sujets, qu'il s'agisse de fleurs, de paysages ou de personnes.

Votre peinture est ancrée dans le réel et fait souvent référence à un riche héritage pictural, comment faites-vous pour créer de nouvelles images ?

Si, par exemple, je peins des fleurs, je vais d'abord réfléchir à la façon dont elles ont été représentées par les grands maîtres : les tournesols vus par Van Gogh, les pivoines par Hokusai et Manet, pour ne citer que ces trois-là. C'est un héritage dont il faut avoir conscience pour ensuite pouvoir mieux se démarquer. Le caractère nouveau arrive lorsque je laisse la place au ressenti, au côté sensuel de notre présence au monde. J'aime être le plus à fleur de la chair du monde. L'acte créateur est un corps à corps… une forme de ravissement… c'est ainsi que de nouvelles images se créent.

Propos recueillis par Bénédicte Grange Rogulski

[Lire l'interview sur le site Les Chemins de l'Art]

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